Interview

L’interview de Miles Barton

Miles BartonVivre de sang-froid s’annonce comme la série incontournable sur les reptiles et les amphibiens, espèces à sang froid. Le producteur de la série, Miles Barton (Journey of Life, The Life of Birds), parle de têtards cannibales, de diables cornus, et de minuscules lutteurs de sumo… !

 

Question  : Les productions du département Natural History de la BBC abattent en permanence des frontières et vont au-delà de toutes les limites du genre Documentaire. La série documentaire Vivre de sang-froid donne-t-elle également à découvrir des comportements inconnus ou des faits inédits ?

Miles Barton : La série Vivre de sang-froid offre une perspective totalement inédite sur un groupe d’animaux merveilleux et particulièrement méconnu. Comme le dit David Attenborough lui-même, “les reptiles et les amphibiens sont parfois considérés comme des animaux lents, peu intelligents et primitifs. En réalité, ils peuvent être d’une rapidité fatale et d’une beauté spectaculaire, voire affectueux et extrêmement complexes.”

Nous avons filmé pour la première fois des anacondas mettant bas sous l’eau Les 15 bébés anacondas sortent en surface comme des périscopes pour leur première respiration. Autre comportement encore jamais filmé : celui des grenouilles dorées du Panama qui utilisent un sémaphore pour attirer les mâles, ou les grenouilles marsupiales qui grimpent sur le dos de leur père pour glisser dans sa poche latérale, ou encore les jeunes lézards pigmées à langue bleue (les tiliquas), qui partagent l’abri de leur mère comme des oisillons dans un nid.


Question : Avez-vous découvert de nouvelles espèces durant le tournage ?

MB : Le tiliqua pygmée (à langue bleue) était considéré comme une espèce disparue, et n’a été redécouvert que récemment. La grenouille dorée du Panama a été filmée pour la première fois en milieu sauvage, mais hélas sans doute aussi pour la dernière fois. La combinaison d’une maladie fongique fatale et de la destruction de son habitat signifie que cette magnifique grenouille orange aura certainement disparu sous peu. Mais cela étant, de nouvelles espèces d’amphibiens ont été découvertes à chaque semaine de tournage, sans parler d’une espèce qui n’a pas encore de nom. Il s’agit d’une grenouillle dont les têtards cannibales se nourrissent apparemment de la peau de ses pattes.


Miles Barton Filming

Question : Contrairement aux oiseaux et aux mammifères, les reptiles sont mal vus sous prétexte qu’ils seraient les mauvais garçons de la nature. Certes, ils ne semblent pas vraiment mignons et affectueux… Est-ce une idée reçue ?

MB : Exactement. Les grenouilles et les salamandres possèdent, pour certaines, les têtes les plus mignonnes du royaume animal. La grenouille aux yeux rouges elle-même est la reine des posters et cartes postales dans le monde entier. Les geckos et les caméléons sont très charismatiques et les serpents possèdent certaines des peaux les mieux décorées du monde animal. Ce n’est pas pour rien qu’un grand nombre d’entre eux a fini en sac à main ! La tortue terrestre géante affiche une extraordinaire expression, qui remonte loin dans le temps. Figurez-vous que celles que nous avons filmées avec David Attenborough aux Galapagos se sont montrées étonnamment passionnées et énergiques lors de leur cour. Comme l’a fait remarquer Sir David à ce moment-là, « faire l’amour en armure ne doit pas être simple ! ».

La cour que les crocodiles mène sous l’eau est remarquablement sensuelle, lorsqu’on les voit souffler des bulles, emmêler leurs corps et leurs queues lorsque les mâles caressent la tête de leurs partenaires de leurs mâchoires pour les mettre dans l’ambiance… Les reptiles et les amphibiens vivent également selon une échelle de temps différente de la nôtre, qu’il s’agisse de la créature la plus lente comme de la plus rapide. Un caméléon sort sa langue pendant une fraction de seconde, tandis que d’autres animaux à sang froid demeurent immobiles pendant des mois. Ils peuvent hiberner lors de conditions extrêmes et survivre presque indéfiniment sans nourriture. Ils peuvent même survivre lors du gel de la période d’hibernation comme les bébés des tortues peintes du Canada, tandis que les molochs hérissés (ou diables cornus) survivent en période de sécheresse dans le désert rouge australien. En réalité, ils possèdent un extraordinaire système éconergétique. Le reptile moyen n’a besoin que d’un dixième de notre quantité de nourriture puisqu’il n’a pas besoin d’un système de chauffage interne. Il utilise l’énergie solaire.
L’étude de ce système complexe et des mécanismes d’extraction d’énergie par les êtres à sang froid pourrait être clé pour la survie des humains, à l’heure où l’énergie est une question vitale. Ce qui démontre que ces animaux, bien loin d’être des reliques du passé, pourraient bien être les créatures du futur.  


Question : Les serpents, les crocodiles et même des créatures inoffensives comme les caméléons suscitent de véritables phobies chez nombre d’humains. Comment pouvez-vous être certain que ces personnes vont pouvoir suivre le programme Vivre de sang-froid ?

MB : Selon nous, Vivre de sang-froid va beaucoup plaire aux téléspectateurs, car la beauté fascinante et la complexité des vies de ces espèces animales devraient conquérir même les phobiques.
Ainsi, nous avons filmé des tritons agitant leurs queues irisées de bleu et de rouge devant leurs partenaires sexuels, comme les oiseaux de paradis. Le comportement des grenouilles et des lézards (flash, érection de la tête, agitation des pattes) peut être aussi complexe que celui des oiseaux. Les varans du Nil et les serpents à sonnette peuvent s’engager dans des combats mortels pour conquérir des femelles, tandis que des Dendrobates pumilio (grenouilles venimeuses) de la taille d’un ongle, s’affrontent comme de minuscules lutteurs de sumo.
Les pères grenouilles marsupiales, qui se comportent comme des mères au foyer avec les femelles, les aident à insérer les œufs dans leur poche, en attendant qu’ils deviennent de toutes petites grenouilles. Il ne faut pas non plus oublier les lézards qui se mettent en couple pour la vie, ou les lézards qui constituent une véritable cellule familiale.


Question : Quelques données sur la série ?

MB : Nous avons fait appel à environ 20 cameraman, couvert 100 espèces animales, et filmé en Amérique du Nord, Amérique du Sud et Amérique centrale, en Espagne, au Malawi, à Madagascar, en Afrique du Sud, en Inde, en Indonésie, à Singapour, en Chine, au Japon et en Australie.


Question : Quelques anecdotes sur le tournage ?

MB : Il y a eu ce moment où David Attenborough était avec les iguanes marins. Alors que nous filmions, une jeune otarie a surgi de l’eau, a sauté sur le rocher à côté de lui et s’est précipitée vers la plage. Quelques secondes plus tard, nous avons compris les raisons de son apparition. Un énorme lion de mer de Steller (la plus grande espèce d’otarie) a surgi des flots et a atterri juste derrière la première, à sa poursuite, et à seulement quelques pas de David !
Tout le monde est resté momentanément figé, sauf Paul Stewart, le cameraman, habitué de longue date des iles Galapagos. Il a calmement marché vers le lion de mer de Steller, à la façon de Crocodile Dundee et s’est placé face à lui sans bouger. Après quelques rugissements, le lion de mer a fait demi-tour et a plongé sous les eaux…!